Centrafrique: la culture de l’orange à Borossé entravée par l’état des routes

À l’entrée du village Borossé, 5 000 orangers sont alignés de part et d’autres au bord de la route sur une distance de cinq kilomètres. Sur les branches, on distingue des oranges de couleur verte, jaune ou orange selon les variétés.  Ce village est l’un des premiers producteurs d’oranges du pays, une notoriété qu’il lui vaut son surnom de « capitale de l’orange ».

Ruffin Doubalé est un cultivateur de 45 ans. Dans sa parcelle, il réserve une portion de dix hectares à la production d’oranges. Avec une moyenne de 1 000 orangers par hectare et un rendement de 20 tonnes chaque année, il est l’un des plus grands producteurs du village depuis 20 ans. « C’est difficile de travailler sur 10 hectares d’orangers, révèle le cultivateur. C’est pourquoi chaque année, je mobilise une dizaine d’ouvriers pendant la saison des oranges. Ces jeunes que vous voyez sont là pour entretenir les orangers et chercher des anomalies qui peuvent nuire aux fruits ».

Privat, l’un des fils de Ruffin, fait partie des ouvriers. À 22 ans, son père lui a transmis la passion de l’orange : « J’adore les oranges, raconte-t-il. C’est un stimulant qui me donne de l’appétit. Quand il est fraichement cueilli comme ça, il est doux, naturel et très sucré. Depuis des années, mon père travaille avec des moyens archaïques. Mais je me bats pour devenir d’ici à cinq ans l’un des grands producteurs d’oranges de la RCA. »

Des infrastructures routières encore trop précaires

Un grand dépôt de 20 m² se trouve à l’angle ouest de la parcelle. C’est ici que Ruffin conserve ses oranges. Pour améliorer ses rendements, il compte sur des experts comme cet homme, Mboligoumba Toussaint : « Ça fait 32 ans que je m’intéresse aux oranges, affirme-t-il. Depuis deux ans, j’accompagne ce jeune entrepreneur dans ses activités. Je l’aide à développer des pépinières afin d’avoir un meilleur rendement et surtout de consolider son économie. »

Cette année, Ruffin a fait un surplus de production parce que la saison des pluies a duré huit mois au lieu de six. C’est un avantage, mais il n’arrive pas à écouler ses produits : « Le problème est la dégradation des routes qui relie Bangui à notre village. Les camions que je louais ne veulent plus venir jusqu’ici. Les quelques rares qui viennent coûtent trop cher et ça joue en notre défaveur ».

Quelques vendeurs sont obligés de venir à la source pour se ravitailler. C’est le cas de Diane Kossi : « Je suis obligée de venir à la source, témoigne-t-elle. J’ai loué ce taxi-brousse à 150 000 francs CFA [approximativement 225 euros] parce que le carburant est rare. Il faut ajouter à cela les tracasseries routières. C’est vrai qu’on ne va pas gagner beaucoup comme auparavant, mais je suis obligée de continuer ».

Le village Borossé compte plus de 2 000 habitants, parmi lesquels plus de 800 producteurs d’oranges, selon le chef du village. Pour être plus influents, ils veulent mettre en place un groupement de producteurs.